Nous débutons un cycle d’articles consacrés à la « télévision du futur » (Second écran, TV connectée, TV sociale etc.) et dans ce cadre nous pensons intéressant de faire une petite révision des concepts de base.
Quelle est la différence entre une TV connectée (appelée aussi SmartTV) et la TV Digitale telle que proposée par des opérateurs comme Free, Voo, Belgacom ou CanalSat ? C’est par ici que cela se passe.
Smart TV
Une Smart TV est un écran (un objet donc) qui est capable de se connecter directement au Web grâce à la présence d’un connecteur RJ45 et ou d’une antenne WiFi. Le terme « Connected TV » est un synonyme.
Proposée surtout par les grandes marques (Sony, Toshiba, LG, Phillips et Samsung) sur leurs modèles haut de gamme, une Smart TV dispose également de quelques programmes (que l’on appelle des TV apps ou Widget) qui permettent d’accéder à certains contenus du Web, voire de surfer sur la toile comme vous le feriez avec un ordinateur à la différence que les interactions avec le téléviseur passent la plupart du temps par la télécommande, ce qui n’est pas toujours très pratique.[1]
Pour être fonctionnelle une Smart TV requière uniquement une connexion internet .
Usages :
Quelques applications typiques des smart TV.
- Youtube : accéder aux milliards de vidéo de petits chats directement sur votre téléviseur.
- Skype : si votre TV est également équipée d’une caméra, votre téléviseur se transforme en outil de vidéoconférence
- VoD : Vidéo à la demande, vous permet d’accéder à des catalogues en ligne (payant) de films ou de séries TV.[2]
- Contenus additionnels, voire exclusifs proposés par les chaines de télévision.[3]
- Web navigateur pour surfer librement sur le net
- Il est parfois possible d’installer de nouvelles applications (TV widget) grâce à des « appstores » spécifiques pour la marque de votre téléviseur.

Digital TV
La télévision digitale est un service de télévision interactive historiquement proposé par les opérateurs de télévision par Cable ou par satellite ainsi que plus récemment par les fournisseurs d’accès à internet [4].
Pour accéder à la télévision digitale, il faut :
- Souscrire à un abonnement spécifique
- Un téléviseur compatible HDMI (mais pas nécessairement compatible « Smart Tv »)
- Un décodeur, souvent appelé « Box » (FreeBox, B-Box, NumeriBox etc.) [5]
- · La plupart du temps (mais pas toujours) l’abonnement à la télévision digitale comprend également un Enregistreur Digital (DVR ou DigitalVideo Recorder) qui permet d’accéder à des fonctions comme le TimeShifting (cf. ci apres).
Usages :
Pour la TV digitale, les fonctions les plus fréquentes sont :
- Réception du signal numérique des chaines habituellement diffusées par faisceau Hertzien.
- Offre généralement supérieures de chaines classiques (gratuites) par rapport à l’offre non digitale.
- Guide électronique des programmes
- Télévision HD (souvent mais pas pour toutes les chaines)
- Catch Up TV (le fait de regarder à la demande un programme déjà diffusé sur la chaine), également appelé « replay »
- VoD (option payante pour regarder en avant-première des programmes qui vont être diffusés sur la chaine TV liée ou accès – payant également – à un catalogue en ligne lié à l’opérateur de la Télévision Digitale ou à un opérateur tiers [6])
- Accès à des chaines payantes (les « bouquets ») en contrepartie d’un abonnement ou d’un pay-per-view.
- Contenus additionnels (bonus) relatifs au programme en cours – le « bouton rouge » de la télécommande.
Parfois certaines fonctions plus avancées sont disponibles comme :
- Choix de la caméra sur un programme de TV tourné en multi-angles de vue comme pour les DVD et Blue Ray.
- Partage sur les réseaux sociaux du programme actuellement visionné, commentaires associés.
- Affichage de widgets en surimpression du programme de télévision : cours de bourse, météo, trafic routier, dépêches d’information, notifications de réception d’émails etc.
Si l’abonnement comprend également un enregistreur numérique :
- Enregistrement « intelligent » (avec démarrage synchronisé avec le début du programme et suppression des coupures de pubs, enregistrement de tous les épisodes d’une même série etc.)
- Fonction « pause » même sur les programmes diffusés en direct.
- Contrôle à distance des fonctions, via une application mobile par exemple
- Suggestion de programmes en fonction des habitudes de consommation.

Smart TV ou TV digitale ?
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SMART TV
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TELEVISION DIGITALE
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| Développement lié aux constructeurs et donc aux taux de pénétration de ceux-ci. |
Développement lié aux gestionnaires de réseaux (câble, Adsl ou satellite) et donc tributaire de l’étendue et des capacités de leurs réseaux. |
| A priori l’offre de contenu est transnationale mais dans la pratique elle est bridée en fonction des marchés nationaux. |
Offre de contenu totalement tributaire de la législation locale et des accords locaux de distribution de contenus. |
| Elle permet aux détenteurs de droits sur certains contenus (par exemple l’UEFApour le foot ou HBO pour ses séries) de s’adresser (vendre) directement aux téléspectateurs sans passer par des intermédiaires. |
Les gestionnaires de contenus (HBO, UEFA…) doivent nouer des accords de syndication avec les opérateurs de réseaux pour diffuser leurs contenus. |
| Favorise un business model sur le PPV (Pay Per View) |
Business model plus hybride avec un mix d’abonnement forfaitaire et d’options en fonction des « bouquets » de contenus désirés. |
| A priori plus favorable aux opérateurs transnationaux (Netflix, Apple, CIO, Google) et aux contenus « universels » (championnats sportifs, séries US anglophones etc.) qui visent de très larges audiences et qui peuvent se passer d’intermédiaires |
Continue de reposer sur un certain protectionnisme local puisque le contenu passe par des gestionnaires de réseaux locaux, soumis à des législations nationales ou Européennes. Les contenus à audience plus locale sont mieux mis en valeur. |
| Les deux points ci-dessus peuvent cependant être remis en cause par le développement des « TV apps store » qui permettraient de proposer des applications liées à des contenus locaux ou liés à un contenu spécifique. On pourrait ainsi voir apparaitre des opérateurs de contenus éphémères qui proposeraient certains contenus spécifiques pour des périodes limitées (par exemple la retransmission des J.O). |
On le voit, si les possibilités des 2 systèmes sont partiellement redondantes, elles sont surtout complémentaires et parfaitement compatibles. Dans la pratique vous pouvez avoir une Smart TV et un abonnement à la télévision digitale.
En théorie cependant, la Smart TV présente un potentiel « disruptif » plus important, mais dans la pratique son développement est freiné par de nombreux facteurs dont le premier est certainement la législation et les pratiques de diffusion qui ne sont plus adaptées à la réalité du terrain.[7]
La gestion actuelle des droits de diffusion est basée sur des notions de territoires et de canal spécifique de diffusion, ce qui est complètement obsolète à l’heure du multi écran, des réseaux IP et du World wide web.
Sur le sujet du futur de la télévision :
[1] Certaines marques proposent des claviers Bluetooth additionnels ou des télécommandes qui détectent les mouvements comme sur les consoles de jeux Kinect ou Wii par exemple. Parfois un smartphone ou une tablette peuvent servir également d’interface de contrôle.
[2] Cette fonction est cependant largement bridée par le cadre légal local qui varie fortement selon les pays et les accords passés (ou non) avec les ayants droits.
[3] Par exemple la RTBF (Belgique) permet de revoir d’anciens épisodes de « Plus belle la vie ».
[4] Dans le cadre d’offres double, triple ou quadruple play le plus souvent (TV + internet)
[5] Terme technique : Set Top Box ou STB.
[6] Dans ce dernier cas on parle de contenu ‘Over the Top » (OTT) pour indiquer que le fournisseur d’accès à la télévision digitale n’est pas responsable du contenu qui passe par son réseau.
[7] C’est particulièrement visible en Belgique, pays ou la télévision câblée à un taux de pénétration de 93% ( 80% pour la télévision digitale) et ou les câblo-opérateurs sont également fournisseurs d’accès à Internet. L’accès aux contenus télévisés (en numérique ou non) passe obligatoirement par un des 3 ou 4 opérateurs du marché ce qui ne favorise pas l’émergence d’acteurs supplémentaires surtout si ceux-ci sont extra nationaux.

Geoffrey Laloux